Grand rêve d’exploiteurs!
Par Romain Landry
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Votre édition du 29 octobre parle du Festival du rêve de l’Atlantique, titré L’ABC du succès, qui avait lieu à Moncton la veille.
Il faut dénoncer un spectacle aussi dégueulasse. Pendant que la pauvreté s’accroît un peu partout sur la planète, des clowns de la droite viennent nous vanter les bienfaits de l’entreprise privée. Décidément, on nous prend pour des cruches!
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L’instigateur de l’activité, Brad LeBlanc, se pâme pour son Festival : à l’ouverture, il affirme que son rêve est devenu réalité et que l’évènement se doit de devenir annuel. Quant à Kevin O’Leary, dans un discours enflammé, il affirme que « le Canada a trop dérivé vers la gauche …, que s’il fait bon vivre ici, c’est grâce à l’entreprise privée et non pas à l’interventionnisme du gouvernement, etc. », et ses commentaires sont accueillis par la foule en délire!
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Petit rappel à la réalité
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Les États-Unis demeurent le pays par excellence du libre marché et du peu d’interventionnisme de l’État. Ce pays se classe désormais au rang des nombreux pays pauvre du tiers-monde. C’est ce que démontrent quelques statistiques de Léo-Paul Lauzon, dans son livre intitulé Contes et comptes, publié aux éditions Michel Brulé. Bref, les États-Unis ne sont plus un modèle à suivre et voici pourquoi. Au nom de la réingénierie et de la modernisation, voyons ce qu’est devenu le pays des présidents de la droite américaine, plus particulièrement celui des ex-présidents Ronald Reagan et George W. Bush.
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Les É.-U. ont beau être la principale puissance économique au monde et posséder un produit intérieur brut (PIB) par habitant parmi les plus gros au monde, le pays tire pourtant nettement de l’arrière par rapport aux pays européens et asiatiques pour ce qui est des aspects suivants :
- Le nombre de ses travailleurs syndiqués est de beaucoup inférieur à celui des pays d’Europe et d’Asie.
- Beaucoup moins d’impôts sont payés au gouvernement.
- Des milliards de dollars sont payés au secteur privé, comme en fait foi le système d’assurance-maladie.
- Les services publics sont beaucoup moins nombreux.
- De fabuleuses sommes d’argent sont détournées dans les paradis fiscaux.
- Le budget fédéral des É.-U. affecté aux dépenses militaires est de beaucoup supérieur à celui des autres pays, mais le pays compte moins de sociétés étatiques que les pays européens ou asiatiques.
Un État très minimal qui s’en remet aux pseudo-lois naturelles et au pseudo-marché, voilà ce qui fait fantasmer Brad LeBlanc et Kevin O’Leary et leur auditoire adepte du capitalisme sauvage et d’une mondialisation inhumaine. « Gang de couillons », aurait dit le prof d’économie, Léo-Paul Lauzon!
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Brad LeBlanc et Kevin O’Leary rêvent désormais de nous aligner sur le pays voisin où se créent tant de richesses, mais hélas pour une minorité. Selon le professeur Lauzon, le modèle américain a un prix incalculable en termes économiques et sociaux. Et voyez comment se porte le pays aujourd’hui :
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- Au niveau planétaire, il a chuté au 42e rang en ce qui concerne l’espérance de vie.
- Il a le taux de mortalité infantile le plus élevé de tous les pays occidentaux.
- Depuis l’élection du président George W. Bush, en l’an 2000, il a vu le nombre de pauvres passer de 30 millions à 37 millions; près de 18 millions de ces pauvres sont des jeunes de moins de 18 ans.
- Il a le taux le plus élevé de pauvreté infantile de tous les pays riches.
- Il a vu les banques alimentaires intervenir auprès de 25 millions de personnes, ce qui représente une hausse de 9 p. 100 par rapport à 2001.
- Il a vu le nombre de sans-abri passer à 750 000; de ce nombre, 21 p. 100 sont des enfants.
- Il a désormais le privilège d’être considéré comme le pays le plus inégalitaire au monde.
- Il affiche le taux de criminalité le plus élevé au monde : sept millions d’individus sont sous le coup de la justice pénale.
- Il compte 70 000 ponts ayant été déclarés défectueux.
- Enfin, il a connu, au cours des années 1990, une forte croissance économique qui n’a aucunement profité aux familles pauvres ou à la classe moyenne. Ce commentaire était d’Alan Greenspan, l’ex-président de la banque centrale des États-Unis qui n’a rien d’un gars de la gauche.
Ce que Brad LeBlanc et Kevin O’Leary omettent surtout de nous dire, ce sont les coûts astronomiques en termes humains et sociaux que représente l’absence d’intervention de l’État américain dans l’économie de ce pays. Et que penser du gouvernement américain qui est pourtant intervenu pour sauver de la faillite ses amis : les Trois grands de l’Automobile et les institutions financières?
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Permettez que je rappelle deux effets pervers de la dérèglementation mise de l’avant par Ronald Reagan, qui s’est poursuivie sous la gouverne de George W. Bush. Le plus grand escroc au monde, Bernard Madoff, a été arrêté et mis en examen par le FBI pour avoir réalisé une escroquerie de type « chaîne de Ponzi », qui pourrait porter sur 65 milliards de dollars américains. Ou encore que dire de ces escrocs du monde financier? En quelques semaines, Goldman Sachs, la plus grande banque d’affaires au monde, est devenue le symbole de ces institutions financières à la fois prédatrices et cupides. Des institutions qui ne reculent devant rien, quitte à faire sombrer la planète entière pour engranger les gros bénéfices et distribuer en fin d’année primes et bonus à leurs escrocs de dirigeants.
Au fait, dans leurs rêves quasi démentiels, LeBlanc et O’Leary oublient naturellement de nous dire à qui va profiter la réalisation de leurs rêves. Eh bien oui, au fameux modèle américain, l’ancien rêve américain qui a servi à enrichir ce 1 p. 100 de la population la plus riche qui contrôle déjà le tiers de toute la richesse du pays. Dire que Bush, dans une entrevue, avait eu le culot de nous dire qu’il lui arrivait souvent de pleurer sur l’épaule de Dieu, ce qui ne l’a pourtant pas empêché, en 2002,
- d’accorder 500 milliards de dollars de baisse impôt à 1 p. 100 des contribuables les plus riches des États-Unis;
- de couper 475 milliards de dollars dans les programmes sociaux.
Voilà le vrai visage de la droite américaine… et dire que George W. Bush répétait à profusion le slogan In God We Trust (Nous avons confiance en Dieu)! Heureusement que, au Nouveau-Brunswick, nous avons encore des Claude Snow, des Auréa Cormier et des Jean-Claude Basque pour dénoncer nos propres politiciens qui favorisent l’enrichissement d’une minorité de riches au détriment d’une majorité de pauvres et de la classe moyenne.
Brad LeBlanc et Kevin O’Leary tentent de nous vendre ce modèle pour le Canada. Honte à ces deux imposteurs et à leurs adeptes qui ont payé 250 $ pour les entendre. Il est à espérer que nos lecteurs et lectrices sauront ne pas se laisser berner par ce modèle de capitalisme sauvage et néolibéral






