Montréal

Nouvelles

LA PAUVRETÉ

21-10-2010

LA PAUVRETÉ: LA NÉCESSITÉ D’ÉLARGIR SON CHAMP DE VISION

 

  Par Claude Snow      

Quand j’entends dire que 16 % des Canadiens et 14 % des citoyens du Nouveau-Brunswick vivent avec moins de la moitié des nécessités de la vie, et qu’un enfant sur 5 vit dans la pauvreté au Canada, cela me dérange, m’offusque même, sachant qu’un pays comme le nôtre pourrait fort bien se payer un bon système de protection sociale.

 

Au risque de décevoir ceux qui jettent la pierre aux pauvres, je vais mettre de côté les facteurs personnels pour n’attirer l’attention que sur le plan global. Je sais qu’il est beaucoup plus facile de tenir envers les pauvres un discours réprobateur que de traiter des causes profondes sous-jacentes à leur condition, mais cela s’impose si l’on veut élargir notre champ de vision au sujet de la pauvreté et y voir un peu plus clair. 

 

Commençons d’abord par les difficultés d’intégration au marché du travail qui sont causées en partie par le progrès technologique. Bien que rendant des services inestimables, celui-ci est un facteur de marginalisation sociale. L’informatisation des systèmes d’aide a créé de nouveaux illettrés, des gens qui sont en marge puisqu’ils ne réussissent pas à suivre le courant, ce qui leur complique la tâche quand vient le temps de vouloir se remettre au travail. Il y a de moins de moins de travaux manuels qui leur sont disponibles. Et puis, la notion que «tous peuvent travailler» est un mythe qui ne tient pas compte de la réalité puisque bien des individus ont des capacités de travail réduites.

 

Les difficultés d’intégration au marché du travail n’expliquent pas tout, cependant. Les nouvelles tendances à l’échelle mondiale sont aussi un facteur d’appauvrissement important. On souhaite, par exemple, que l’État soit le plus petit possible. On croit que plus il en fait pour le peuple, plus il devient gros et plus le peuple se sent petit. On veut donc qu’il soit moins régulateur, plus effacé, ce qui, évidemment, ouvre toute grande la voie à la privatisation et à la sous-traitance qui font peu de cas des droits sociaux. 

 

Le poids de la dette publique se fait aussi sentir et conduit à de nombreuses compressions. De fortes pressions sont exercées sur l’État pour qu’il adopte un régime minceur et qu’il réduise la taille des services publics, ce qui se répercute par une diminution de services.

 

Allons encore plus loin. Nous sommes fortement influencés par le courant de la droite qui place la liberté individuelle bien avant la justice sociale. Au nom du droit de chacun de retenir l’argent qu’il a gagné à la sueur de son front, on est prêt à vivre avec une société moins égalitaire et ainsi, on s’éloigne de nos valeurs fondamentales et de notre intérêt commun à vouloir une société socialement juste. 

 

Le courant de la droite est un véritable raz de marée qui balaie tout sur son passage. Les attitudes envers les pauvres se durcissent, et au nom de l’assainissement des finances publiques, on est prêt à écorcher le système de sécurité sociale. 

 

Rappelons, par ailleurs, que le retrait des communautés religieuses du domaine des services publics ne s’est pas fait sans imposer un dur coup aux gouvernements. Elles ont été remplacées par la société civile, mais les nombreux organismes de bienfaisance n’ont pas le même souci de l’intérêt public qu’avaient jadis les communautés religieuses car leurs valeurs sont différentes. 

 

De moins en moins de gens sont prêts à travailler pour le bien commun. La notion même de solidarité sociale est en danger. Le partage obligatoire des ressources, par le biais de l’impôt, est peu prisé. On favorise plutôt le partage volontaire, ce qui revient à dire payer moins d’impôt et pratiquer la générosité, sans se soucier du risque d’inégalité sociale qu’un tel système comporte. 

 

La vision étroite de la droite ne fait aucune place à la responsabilité collective et aux devoirs sociaux de l’État. Elle prône plutôt l’auto-responsabilité, ce qui signifie en termes simples, le chacun pour soi. Est-il surprenant alors que les secours publics soient aussi affaiblis et que les pauvres soient laissés pour compte?

 

C’est par ses politiques sociales que l’État peut le mieux protéger ses citoyens, mais quand il fait peu de cas de l’engagement public et qu’il favorise plutôt la participation populaire comme moyen privilégié pour combattre la pauvreté, il se retire tout bonnement de son rôle de législateur, quitte à mettre la sécurité sociale en péril. 

 

Il doit y avoir un compromis entre l’effort individuel et l’engagement public, sinon il y a un déséquilibre et la protection sociale est menacée. C’est ce qui se produit notamment au Nouveau-Brunswick. On assiste à un désengagement de l’État au profit de la bienfaisance organisée. À mon avis, c’est faire fausse route, puisque c’est rompre avec le système de protection que l’on a connu. Les gens s’attendent, à juste titre, de recevoir de l’aide quand ils sont en difficulté, un peu de leur famille ou de leur communauté, mais surtout de l’État. 

 

Le Plan de réduction de la pauvreté, au Nouveau-Brunswick, pourrait bien accoucher d’une souris. D’abord les principaux intéressés, les pauvres, et ceux qui les défendent au quotidien, ont été soigneusement écartés du processus pour être sûr qu’ils ne préconisent aucune réforme en profondeur. Le gouvernement ne souhaitait aucunement qu’ils viennent bousiller sa stratégie qui consistait à vouloir annoncer en grande pompe, à la fin des consultations, que l’exercice avait été un franc succès et une première au pays. Et puis, les retombées pour les pauvres, jusqu’à maintenant du moins, ont été modestes. En réalité, c’est le gouvernement qui en a profité le plus.

 

Des 284 000 ménages que compte la province, environ 20 000 continueront à avoir recours chaque mois aux banques alimentaires, ce qui représente 7 % des familles. De ce nombre, plusieurs sont des travailleurs à faible revenu qui ne réussissent pas à joindre les deux bouts car c’est un fait que parmi les pauvres, plusieurs sont des travailleurs. Les banques alimentaires, qui, à l’origine, devaient n’être qu’une forme de dépannage, sont devenues une industrie, la preuve qu’il y a eu un désistement de la part de l’État.

 

Si l’on veut trouver des solutions à la pauvreté, il faut nécessairement regarder du côté de l’État. C’est lui qui, de par son pouvoir de taxation et de redistribution des fonds publics, détient les rênes du pouvoir et il lui incombe de les utiliser à bon escient, dans la poursuite du bien commun.

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