Montréal

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Les Frères Guissé, poètes

12-08-2010

Les Frères Guissé, poètes, troubadours et ambassadeurs

 

   Par Yves ALAVO  

 

Écouter leurs mélodies, participer aux concerts, jamais vous ne serez rassasiés car les Frères Guissé sont avec leurs oeuvres artistiques, ce que le génie africain enraciné dans la culture profonde et ouvert sur les influences universelles, a produit de meilleur.

 

Originaires de la région du Fouta, au nord du Sénégal, Alioune, Cheikh et Djiby Guissé sont, à l’instar des riches alluvions que charrie ce fleuve magistral qui donne son nom au pays, Sénégal; les Frères Guissé sont des artistes spéciaux attachés à une identité culturelle forte et, en même temps, modèles d’une liberté et d’une créativité qui laissent cours aux apports d’ailleurs, qui intègrent  et qui valorisent les échanges avec toutes les cultures.  Ces artistes de la musique, virtuoses du chant et instrumentistes ergonomiques au jeu acoustique d’une rare élégance, prônent et témoignent d’une ouverture d’esprit qui en fait les troubadours modernes les plus œcuméniques de la planète.

 

À Montréal et sur les scènes canadiennes, les frères Guissé ont charmé mélomanes et adeptes du beau, mais ils ont réussi à réconcilier les publics les plus récalcitrants avec la musique, le chant dans leur essence première.  Les concerts au Tributaire et aux Bobards, tous organisés par les Productions Débrouill’Art , les Arts Underground, et bien d’autres, ont marqué la vie culturelle du Québec et attiré des publics nombreux au point où, les salles réservées sont apparues exiguës au cours de ces soirées merveilleuses de chant, de danses, d’écoute et d’échanges avec les artistes. 

 

Les Frères Guissé comme à leur habitude, avec générosité et engagement, ont ouvert la scène aux défenseurs de causes à dimension sociale comme celles de la Fondation des enfants Talibés du Sénégal.  Artistes au cœur de lion, militants de la justice et des droits des peuples, acteurs de tous les combats pour plus de dignité et plus d’humanité, ces humanistes de la musique et poètes/philosophes des temps actuels et futurs, ont invité d’autres artistes locaux et internationaux à monter sur scène afin de dialoguer avec percussions et guitares, ce fut le cas du musicien El’Hadj Diouf.

Depuis plus d’une décennie, ce trio, deux guitares, des voix en harmonie qui respirent du souffle des vents du Sahel et qui nous font voyager au-delà des frontières de l’Afrique de l’Ouest, soutenues et en contre rythme avec le 3e frère aux percussions, tam-tams, sabaars, djembés, calebasse,  accompagnements subtils et en nuance, s’expriment acoustique.  Le volume vocal, les respirations mélodiques, les structures rythmiques portent à l’écoute, à l’échange, à la danse.  La mobilisation des âmes se discerne à la suite de chaque son produit, la lumière éclate sur les visages, les réactions de sympathie et d’enthousiasme s’entendent dans la ferveur des applaudissements qui semblent naître de ce jardin musical sans cesse renouvelé.

 

Trio harmonique et tonique, les Frères Guissé jouent leurs créations d’auteurs compositeurs qu’ils sont.  Ils ont le don d’interpréter le registre complet des airs, mélodies, succès qui couvrent le large champ des musiques et traditions de l’Afrique australe aux confins des rives du Zambèze  en passant par les contreforts du Bandiagara et en voyageant sur les savanes qui jalonnent les villes et les villages entre la Mauritanie, le Sénégal, le Mali, jusqu’aux sommets de l’Atlas et de l’Adrar.  

 

Pour mettre au monde de nouvelles compositions et pour faire part à tous les auditoires de leurs trésors, les Frères Guissé sont devenus nomades et « globe-trotters » de l’art dans le seul but de livrer leur message de paix et d’amour.  Ils affectionnent le contact direct avec tous les publics.  Ils brodent les mots et les expressions, ils tissent toutes les sonorités continentales et extra continentales et ils se vêtent de la diversité de toutes les expressions culturelles sans distinction de langues, sans discrimination mélodiques et sans différence pour les rythmes dont ils maîtrisent avec agilité la densité.  Ils voyagent sur tous les fuseaux horaires et traversent toutes les trames culturelles à l’image de la composition des salles dans lesquelles ils se produisent, ils attirent autant les Européens que, bien sûr, les Africains, mais aussi les Asiatiques, les gens du Moyen-Orientque les « latinos » lusophones ou hispanophones.

 

Leur discographie est intemporelle, en termes de réception, de popularité et de diffusion.  Trois albums ont déjà vu le jour en Afrique : en 1995, la cassette Fama rencontre un large succès.  En 1998, Siré connaît le même engouement, et ce succès ne se dément pas quand, deux ans plus tard (2000), sort la troisième cassette N’déye.  En 2003 paraît le disque Fouta, sorti uniquement en Hollande, en 2005, le CD Siré et en 2008, un autre intitulé Yakaar « Espoir ».  Ils chantent en pullar « Peulh » principalement et en Wolof, les textes disent la paix et la fraternité.

 

Véritables troubadours devant l’éternel, ils ont animé et participé à plusieurs festivals comme : 17e Festival Africa Fête à Paris, le Marché des arts et du spectacle africain d’Abidjan, le Festival d’été de Québec où ils ont remporté le prix Miroir de l’espace francophone et le Sommet de la Francophonie de Hanoi.  Dans les mois qui viennent, on fera peut-être la découverte de Moustapha Guissé, chanteur évoluant dans un petit groupe de variétés.  Peut-être sera t-il un jour le quatrième Frère Guissé.   » Notre musique n’a ni  de couleur ni d’âge, elle est musique de tous les hommes et de toutes races : tel un fleuve.  Son destin n’est pas de se replier sur son cercle ethnique mais plutôt de se jeter à l’océan de la musique mondiale en assumant une identité ouverte sur l’autre.  C’est le lamantin qui n’oublie jamais la source… « .

 

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