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Chiwoniso, les racines et les rêves

04-08-2010

Chiwoniso, les racines et les rêves

Zimbabwe

    Yves ALAVO   

 

Musicienne, mais surtout animatrice au sein de son propre milieu, Chiwoniso est chez elle sur scène.  Son concert débute sur les franges de la timidité.  Au fil des pièces, elle s’exprime avec une aisance qui étonne et se met progressivement à danser et à occuper l’espace scénique avec un enthousiasme qu’elle communique à la salle entière.Les musiciens qui la suivent, qui produisent sa musique, concert après concert, réagissent et s’adaptent à toutes les modulations de l’instrument le « mbira », clavier métallique souple qu’elle a blotti dans un boîtier qui fait office de caisse de résonnance et confère à cette configuration un style unique, marque et touche spéciale des créations de Chiwoniso.  Lien entre elle et ses musiciens, entre elle et les spectateurs, entre elle et l’univers, cet instrument est devenu populaire grâce à Chiwoniso. 

 Le clou du show montréalais, cette fois, ce fut l’invité de la deuxième partie, le saxophoniste, jeune et talentueux danseur, Max Wild Tamba.  Il est apparu entouré d’une légende, mais, de prime abord, il a été si présent et exceptionnel sur scène : rayonnant d’une lumière qui illumine son visage, agile avec son instrument aux notes magiques et créateur/chorégraphe de danses jaillies de l’Afrique australe dans sa totalité.

 

La musique, la danse et les échanges, sous la férule de Chiwoniso, sont de plus en plus rythmés au point de faire bouger la salle entière, sous tous les angles.  Rien n’est laissé au hasard ; jeux de la basse, environnement découpé et envoûtant des percussions, solos successifs des instrumentistes.  L’ensemble crée une cadence tant maîtrisée qu’elle se vit comme une immense « impro » joyeuse et communicative.  Dans cette turbulence de mélodies et de danses fortes, Chiwoniso met sur la table son engagement, Chiwoniso parle de ses combats pour les droits de la personne dans un pays captif d’un dictateur sénile. 

Notes biographiques de Chiwoniso :

 

Chiwoniso naît en 1976 dans l’État de Washington.  Sa famille vit alors aux États-Unis car son père est étudiant en ethnomusicologie à Seattle.  Elle y passe les sept premières années de sa vie mais, même loin de son Zimbabwe d’origine, elle s’imprègne de la musique de « son pays ».  En effet, ses deux parents sont musiciens : son père joue du mbira (sorte de piano à pouces qu’elle adopte), sa mère chante.  Tous deux donnent des cours de musique chez eux et tous deux adorent écouter une grande variété de styles musicaux, de James Brown à Mozart, des Rolling Stones à Michael Jackson, de Bach à Aretha Franklin.

À quatre ans, Chiwoniso joue déjà du mbira et, à neuf ans, elle enregistre pour la première fois en studio sur l’album Tichazomuwona (Nous nous reverrons).  Deux ans plus tard, elle commence à jouer dans le groupe de son père avec son frère et sa soeur, Mhuri ya Maraire (La Famille Maraire), et dans un autre groupe paternel, Minanzi III.

 En 1990 (14 ans), elle devient une figure importante de la scène zimbabwéenne, grâce à sa contribution au groupe de hip hop A Peace of Ebony, le plus célèbre des groupes de rap du Zimbabwe.

Chiwoniso sort en 1997 son premier album solo, Ancient Voices, Prix Découverte RFI en 1998.

À partir de 2005, elle se met au travail sur son deuxième album solo, Rebel Woman, sorti en 2008.  Ce disque a été enregistré au Zimbabwe, en Afrique du sud, en Angleterre et au Vermont. 

 

L’œuvre rassemble plusieurs invités prestigieux et mêle de nombreux styles.  Chiwoniso y chante les luttes de ses concitoyens, pour trouver du travail, pour vivre simplement.  Elle chante également la sagesse des anciens, la nécessité d’agir en fonction des générations futures, la force de certaines femmes malgré les obstacles à leur émancipation.  Dans un Zimbabwe en plein bouleversement, son pays a encore plus besoin de cette voix convaincue et convaincante.  Le Zimbabwe compte sur cette voix chaude et puissante portée par des rythmes endiablés.

 

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