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Coupe du monde, Finale (Espagne 1 – Hollande 0)

15-07-2010

 

Coupe du monde,  Finale (Espagne 1 – Hollande 0)

Les Espagnols impériaux au mérite

Par Yves ALAVO

 

 

L’Espagne a enlevé de haute lutte et avec une subtilité exquise et beaucoup d’abnégation son premier titre de champion du monde (comme nous l’avons prévu) en battant les Pays-Bas, dimanche 11 juillet 2010 à Johannesburg (Afrique du Sud), sur un but d’Andres Iniesta, à la 116e minute, en prolongations (1-0).  Comme le veut la tradition dans le ghota du football international, les sélectionnés espagnols vont arborer, au-dessus des armoiries nationales flanquées côté cœur sur leurs maillots, l’étoile qui symbolise chaque victoire suprême en Coupe du monde.  Le trophée de la FIFA est en Espagne depuis lundi dernier 13 juillet 2010, portés par les valeureux co-équipiers de Casillas, capitaine ému de la glorieuse ROJA.

Depuis plus de trois ans une équipe nationale était au labeur, un collectif en pleine expansion sous les paramètres sportif, psychologique, technique de jeu, de dynamique de groupe, de la confection d’un esprit et d’une motivation ancrés dans l’âme presque civique de la fierté castillane.

Les étapes, toutes publiques et éprouvées, ont permis tant à la fédération ibérique qu’aux principaux clubs concernés, de développer une relation faite de confiance, de concertation et de s’associer autour d’un objectif commun inscrit dans un plan d’action dont le succès est facteur de la durée.  En effet, c’est sur deux plans quinquennaux que s’est forgée la Roja que nous connaissons depuis 2008 et que se sont greffés les résultats si exceptionnels marqués du sceau de la régularité et d’une créativité aux contours humains et presque chevaleresques.  «Pour cette Coupe du monde, nous sommes ensemble depuis 50 jours sans aucun incident, ils peuvent être fiers d’êtres des footballeurs professionnels.  Cela a une valeur incalculable pour l’Espagne», lance Del Bosque, entraîneur/sélectionneur national de l’Espagne.

La Roja vient de réussir un doublé significatif, deux ans après sa victoire à l’Euro 2008, une performance déjà réalisée par l’Allemagne (1972-74) et par la France (dans l’autre sens en 1998-2000).  Favorite de la compétition pour les observateurs avertis, la Roja est allée au bout de son projet.  En effet, tous les sélectionnés porteurs du maillot national ont produit un match fait d’un football de haut niveau technique et tactique, soutenu par un mental à toute épreuve.  Les Espagnols ont gagné tous leurs matchs éliminatoires sur le score de 1-0, preuve qu’à chaque niveau leurs adversaires avaient conscience qu’ils partageaient la surface de jeu avec des joueurs aguerris et d’une compétence vraiment transversale, c’est-à-dire : des artistes du ballon rond, des experts tactiques, mais d’abord des athlètes responsables et préparés minutieusement physiquement, physiologiquement et psychologiquement.

Les joueurs des Pays-Bas, les « Oranje », ont subi leur première défaite, en finale, après une série victorieuse de 26 matchs consécutifs.  La plus grande déception qu’ils auront à porter sur plusieurs générations, c’est que cette défaite en finale de la Coupe du monde est leur troisième revers après ceux de 1974 (face à l’Allemagne) et de 78 (face à l’Argentine).

La victoire ibérique n’en est pas moins méritée et méritoire surtout qu’elle s’est dégagée au terme d’un marathon physiquement éprouvant après une finale laborieuse à l’image d’un David Villa (auteur de 5 buts dans les phases précédentes), cette fois très discret.  Les protégés de Vicente Del Bosque ont longtemps été incapables de conclure une demi douzaine de démonstrations, de « routines » ou d’enchaînements exécutés tels des katas qui échouaient sur le mur ou dans les crampons rugueux d’un duo Van Bommel – De Jong à la hauteur de leur mauvaise prestation orientée vers la démolition de l’adversaire plutôt que vers la confection du jeu.

Souvent, les Néerlandais n’avaient qu’une agressivité rarement maîtrisée à proposer face à la supériorité technique/tactique des Espagnols.  Sergio Ramos voyait son coup de tête repoussé avec autorité par le gardien hollandais Stekelenburg (4e minute), puis, encore Sergio Ramos, ratait son tir après une incursion dans la surface orange (10e), avant que David Villa ne place son « coup de patte » sur coup-franc du mauvais côté du poteau des buts néerlandais (11e).  Plusieurs fois, montés sur les rares coup de pied de coin, les espagnols spécialistes de la « cabeza » ou du coup de tête (Piqué, Puyol, Ramos), ont envoyé dans le ciel les ballons avec lesquels ils étaient entré en contact, poussés et gênés par des adversaires qui ne leur donnaient pas le moindre pouce dans ces duels aériens.

LES « ORANJE » VIOLENTS

Dès le milieu de la première période du temps réglementaire, les cartons jaunes dont un qui a viré au rouge en fin de jeu, se sont succédés à un rythme inédit et à un point tel qu’un record (pour cette compétition) vient d’être battu.  L’arbitre britannique Webb aurait été mieux avisé de sévir sur les premières fautes extrêmes des bataves, un vicieux coup de crampon de De Jong en pleine poitrine de Gerard Piqué ainsi que trois tacles appuyés des défenseurs hollandais contre les chevilles des attaquants espagnols n’ont jamais été sanctionnés.   Il a fallu attendre la 45e minute pour voir Arjen Robben inquiéter Iker Casillas d’une frappe de balle solide.  Le même Arjen Robben risque de ruminer longtemps ses deux duels perdus face au portier espagnol.  A la 61e minute, l’ailier du Bayern file seul au but suite à une ouverture magistrale de Sneijder, sa frappe est détournée par « San Iker ».  Vingt minutes plus tard, scenario identique, résultat similaire pour le malchanceux Robben.

Au cours de la deuxième mi-temps des « réglementaires », Villa est contré par chance par Heitinga après un centre de Navas (69e), Ramos s’envole et frappe de la tête dans les 6 mètres et envoie le ballon au dessus d’un but pourtant ouvert (76e).  Cette finale devenait vraiment intense, ondes de tensions soutenues tout au long des deux périodes (2 fois 15 minutes) des prolongations.  Fabregas (94e, 103e), Iniesta (98e) ou Navas étaient ainsi à un crochet de délivrer la marée rouge des supporters.  C’est la couleur que le défenseur néerlandais Heitinga a vu à la 108e minute, après un deuxième carton jaune qui signifiait un retour immédiat aux vestiaires.

INIESTA, HÉROS MODERNE

Cette infériorité numérique venait, avec justice, sanctionner l’équipe des Pays-Bas, joueurs destructeurs plus que bâtisseurs.  Dans les dernières minutes, la décomposition de la défense batave ouvre de nouveaux espaces aux limiers espagnols.  Quatre minutes avant la fatale séance des tirs aux buts, Andrès Iniesta endosse le rôle du héros national et moderne : à la 116e minute plus exactement, le milieu « barcelonais » trouvait enfin le fond des filets hollandais.

La Roja est sacrée championne du monde.  Impérial triomphe dont chaque grammes des 3 761 d’or de la Coupe du monde FIFA est mérité, hommage intemporel aux ancêtres Tamazighs dont la fierté coule à flot dans les veines de ces hispaniques nouveaux dont le poète Antonio Machado a dit qu’un pont de douceur les relie à la mère Afrique.  N’est-ce pas en cette terre qu’Iker Casillas (capitaine de la Roja), qui a laissé couler des larmes de joie au coup de sifflet final, a soulevé la première Coupe du monde de l’Espagne, après sa première finale.  Totale expression d’un don total d’une « Seleccion » au pinacle du sport le plus populaire sur la planète.

Dans quatre ans, le Brésil, nation la plus capée en ce sport, terre métissée et temple resplendissant du football, sera le théâtre parfait pour la grand’ messe du ballon rond.  À ce rendez-vous en 2014, les retrouvailles entre folle créativité, magie du jeu et talents des athlètes, pourraient offrir un spectacle duquel les hôtes brésiliens mais aussi les titulaires actuels et nouveaux du trophée, ainsi que d’autres prétendants, rêvent déjà de sortir vainqueur de la joute finale.

Quelques chiffres :

La XIXe Coupe du monde s’est achevée, dimanche 11 juillet 2010, au Soccer City de Johannesburg, sur le sacre de l’Espagne, le premier de son histoire. D’autres chiffres symbolisent cette première édition sur le continent africain. (Photos Presse-Sports)

Cette première Coupe du monde sur le continent africain a fait le plein. Les stades sud-africains ont accueilli plus de 3 millions de spectateurs lors des 64 matches disputés – soit une moyenne de 50.000 spectateurs par match.

Avec 145 buts inscrits en 64 matches disputés – soit une moyenne de 2,27 buts par rencontre -, ce XIXe Mondial est l’un des moins prolifiques de l’histoire. Seule l’édition 1990, en Italie, avait été plus pauvre en buts (2,21 buts par match). Bref, on est bien loin du record du Mondial 1954 en Suisse : 5,38 buts par match.

Cette XIXe Coupe du monde a été plus sage que la précédente. Avec 17 cartons rouges récoltés et 254 jaunes écopés, les mondialistes 2010 ont été plus disciplinés que leurs prédécesseurs en 2006 (307 jaunes et 28 rouges).

Pays-Bas – Espagne (0-1 a.p.) : 100% européenne, la finale de ce Mondial sud-africain le fut. Dans toute l’histoire de la Coupe du monde – c’est-à-dire en dix-neuf éditions -, c’est la huitième finale opposant deux sélections du Vieux- Continent. Les sept précédentes étaient Italie – Tchécoslovaquie (2-1 a.p.) en 1934, Italie – Hongrie (4-2) en 1938, RFA – Hongrie (3-2) en 1954, Angleterre – RFA (4-2 a.p.) en 1966, RFA – Pays-Bas (2-1) en 1974, Italie – RFA (3-1) en 1982 et Italie – France (1-1 a.p. 5-3 aux tab) en 2006.

L’Espagnol David Villa, le Néerlandais Wesley Sneidjer, l’Uruguayen Diego Forlan et l’Allemand Thomas Müller ont tous les quatre marqué à cinq reprises lors de cette XIXe Coupe du monde. Mais grâce à ses trois passes décisives, c’est l’attaquant du Bayern Munich qui termine en tête du classement des buteurs.

Quatrième du groupe F, l’Italie, championne du monde en 2006, fut le quatrième tenant du titre de l’histoire à rentrer à la maison à l’issue du premier tour après l’Italie (1950), le Brésil (1966) et la France (2002).

Troisième du groupe A, l’Afrique du Sud n’a pas réussi à se hisser en huitièmes de finale. C’est la première fois dans l’histoire de la Coupe du monde que le pays organisateur se fait éliminer au premier tour.