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Pourquoi Poutine attaque-t-il l’Ukraine ? (partie 5)

29-03-2022

Pourquoi Poutine attaque-t-il l’Ukraine ? (partie 5)

« Le point  de vue russe»

envoyer par Michel Frankland

Une analyse très argumentée des causes de la guerre en Ukraine.

Un recul nécessaire pour comprendre la situation actuelle de l’Ukraine et dépasser l’information, souvent émotionnelle, que nous servent les médias en continue Guerre en Ukraine. L’analyse du Général Lalanne-Berdouticq

Document écrit le 25 février 2022 par le Général Lalanne-Berdouticq au lendemain de l’invasion russe de l’Ukraine.(

La guerre en Ukraine

Au petit matin du 24 février 2022, le président russe passa outre les avertissements et les menaces de sanctions. Il savait qu’aucun soldat occidental ne viendrait verser son sang pour défendre Marioupol ou même Kiev et ne s’était pas laissé impressionner par les légitimes tentatives d’apaisement prodiguées par le président Macron qu’il humilia au travers d’un protocole digne de la Chine impériale du XVIIe siècle.

Après un discours d’une rare clarté il engagea ses forces sur trois directions stratégiques et avec trois buts concomitants, le centre de gravité du conflit se trouvant à Kiev.

Ses objectifs semblent les suivants :

-Détruire l’appareil militaire ukrainien en vue de « finlandiser » ultérieurement ce pays puisque l’OTAN et les Chancelleries occidentales refusent depuis des années de s’engager à ce que l’Ukraine ne rejoigne pas l’alliance.

-Soutenir les républiques séparatistes du Donbass, dont il a reconnu l’indépendance et qui l’ont « appelé à l’aide », légitimant ainsi en droit international cette intervention, selon une conception cette fois plus solide que la « jurisprudence Kosovo » appliquée jusqu’alors dans le Caucase et en Crimée.

-Enfin et surtout, défaire le pouvoir politique de M. Zelenski, dont il considère qu’il est issu des suites du « coup de force de Maïdan » de 2013, plus ou moins organisé par les services occidentaux.

Il promet également une « dénazification » de l’appareil politique ukrainien, s’appuyant sur le fait que certains des partisans de M. Zelenski appartiendraient à des groupes se réclamant de « l’extrême droite à sympathies nazies » (il y a là une contradiction quand on sait que M. Zelenski est lui-même juif). Ce dernier but sous-entendrait le projet d’une longue occupation du pays et d’une épuration de ses élites.

L’avenir ?

Comme le disait un auteur non dénué d’humour, « il est difficile de prévoir l’avenir, surtout quand il s’agit du futur ». Néanmoins on peut s’y risquer.

Nul doute que l’armée russe vaincra la résistance des forces militaires ukrainiennes car le déséquilibre est trop grand entre elles.

Il est encore trop tôt pour être certain que les buts politiques de Poutine seront atteints et qu’il réussira à installer un pouvoir à sa main en Ukraine, dont les sentiments antirusses ont explosé dans toute la partie du pays située à l’ouest du Dniepr.

Enfin il est probable que les « républiques populaires du Donbass » seront durablement détachées de l’Ukraine ne serait-ce que par le poids des Russophones en leur sein.

Quant à savoir si Poutine, qui pourrait bien avoir été saisi de paranoïa suite à ses succès et à la restauration de la puissance russe en vingt ans, n’a pas commis une erreur terrible et mal calculé les conséquences à long terme de cet énorme coup de force en plein continent européen, c’est une autre histoire.

Je pensais quant à moi qu’une invasion violant si outrageusement le droit international et les principes westphaliens et issus des traités post 1945 (que l’affaire du Kosovo violait tous également !) n’aurait pas lieu et qu’il se contenterait d’un appui militaire officiel aux provinces du Donbass en application du « droit des peuples à disposer d’eux-mêmes ». Le coup de semonce me semblait suffisant pour réveiller nos chancelleries qui avaient oublié le tragique de l’histoire et la vertu de la force.

Ce n’est pas le cas et l’on est passé de la semonce au tir direct.

Poutine, homme d’Etat sans équivalent sur le continent depuis De Gaulle ou Thatcher, sera-t-il un nouveau tyran qu’il faudra un jour abattre au prix d’immenses souffrances, tel un Hitler, ou bien reprendra-t-il ses esprits ?

Ou bien encore, ayant gagné sur tous les plans, la sagesse le saisira-t-elle et se contentera-t-il d’assister aux renoncements d’une Europe désarmée, repentante, envahie de peuples allogènes qui la haïssent, qui se meurt de dénatalité et de consumérisme sans espoir ?

L’avenir le dira. Il a rarement été aussi incertain et peut se révéler très dangereux, voire mortel, si quelque affreux dérapage comme l’histoire en a connu se terminait en échange nucléaire.

Alexandre Lalanne-Berdouticq