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A méditer! L’appel au calme de rigueur à la dignité

10-12-2021

A méditer! L’appel au calme de rigueur à la dignité

par Christian Martin

85 Ans après le discours de la Boucan de Félix Éboué (Déc 1936), l’histoire refait-il surface?

Dans le cadre des manifestations actuelles en Guadeloupe, j’appelle au calme, à la raison tout en gardant une main de fer dans les revendications. « La sagesse n’est- elle pas la mère du réconfort en ayant une main de fer dans un gant de velours et la colère le destructeur de toutes conciliations qui rend floue toute argumentation. »

Félix Éboué, était un homme hors pair de raison, il donne l’exemple, le ton de la fermeté mais le plus important en prêchant à la réconciliation. Mon Grand Père, Maurice Martin, à l’époque Maire de Basse-Terre, a louangé son dévouement et fidélité à la France. (Voir ci-dessous au bas des photos)

https://la1ere.francetvinfo.fr/il-y-70-ans-felix-eboue-victor-schoelcher-entraient-au-pantheon-712403.html

La1ere.fr • Publié le 20 mai 2019 à 12h10, mis à jour le 20 mai 2019 à 12h16, Voir extrait ci-dessous

« C’était il y a aujourd’hui 70 ans : le 20 mai 1949, Félix Éboué et Victor Schœlcher entraient au Panthéon. Quelques mois plus tôt, c’est Vincent Auriol, le président de la République de l’époque qui avaient signé les deux décrets pour que les deux hommes soient inhumés au Panthéon.

En Déc 1936, Félix Éboué était nommé Gouverneur de la Guadeloupe.

  • Félix Éboué et le général de Gaulle à Fort Lamy (Tchad) en 1940 et.

  • Accueil en 1936 sur l’appontement de la Basse-Terre du nouveau gouverneur de la Guadeloupe,

Félix Éboué situé au centre de la photo en arrière- plan et contigu sur la gauche de Maurice Martin, le Maire de Basse-Terre.

  • En juillet 1938, en sa présence dans un discours prononcé à l’hôtel de ville de Basse-Terre, le Maire Maurice Martin évoque son proche départ, en tenant à lui rendre hommage en ces mots :

« J’ai l’insigne honneur de vous recevoir dans notre Maison commune et de vous présenter les hommages respectueux de la population de Basse-Terre. Je ne laisserai pas échapper cette occasion de vous renouveler notre fidélité à votre personne, à votre administration, à votre autorité. Digne Représentant de la France parmi nous, vous n’avez jamais manqué de venir, chaque année, relever par votre présence l’éclat de cette cérémonie consacrée au triomphe des principes de la République et nous sommes toujours heureux de vous posséder, monsieur le Gouverneur, car nous connaissons votre amour et votre dévouement pour notre petit pays ; nous savons de quelle façon vous défendez ses intérêts moraux et matériels ; enfin, nous avons des preuves des nobles sentiments qui vous animent à l’égard de tous, de l’esprit de justice qui vous caractérise, joint à la plus grande bienveillance ».

https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01249385/file/These_Arlette_CAPDEPUY_annexes.pdf : Thèse de doctorat en « Histoire contemporaine » Félix Éboué, 1884-1944. Mythe et réalités coloniales. Présentée et soutenue publiquement le 16 octobre 2013 par Arlette CAPDEPUY Sous la direction du professeur Bernard Lachaise. Voir ci-dessous les extraits : Félix Éboué, le 27 octobre 1936.

« Au moment où je prends la direction de la Guadeloupe, vieille terre française, je renouvelle mon salut cordial à toute la population et je la remercie de l’accueil sympathique qu’elle m’a réservé. »

L’histoire refait-il surface?

Le discours de « La Boucan » Déc 1936 : Extrait de l’allocution spontanée du gouverneur Éboué devant les ouvriers en grève de l’usine « La Boucan ».

« Je suis venu dans votre pays avec une grande joie et une grande fierté ; j’étais heureux, moi, un noir, de venir vous administrer, vous des gens de ma race. Et je comptais sur vous. Je sais qu’on a commis des injustices, mais vous savez que je les répare en ce moment. Je sais également que vos salaires sont insuffisants ; vous savez que je suis venu en Guadeloupe dans le but d’obtenir que votre situation soit décente. Je connais tous vos besoins, et vous, vous savez que vous pouvez compter sur moi pour les satisfaire. Il n’y a donc rien, entre vous et moi, qui puisse nous séparer. Or, depuis que je suis en Guadeloupe, les choses se passent comme si honteux de voir un noir à la tête du pays, vous, les ouvriers industriels et agricoles, vous aviez juré, d’accord avec l’usine, de me faire partir dans la honte et dans le sang. C’est avec douleur que je constate qu’au lieu de m’aider dans la tâche qui m’incombe, c’est-à-dire m’éclairer sur la situation, respecter l’ordre public et attendre mes arbitrages, vous semblez jouer le jeu de ceux-là mêmes qui se refusent à vous payer de justes salaires, le jeu de ces agitateurs qui, profitant de votre colère et de vos longues déceptions, vous excitent à l’incendie, à l’occupation des usines, aux menaces contre les personnes et, tout à l’heure peut-être, à l’assassinat. On me conseille, vous le savez aussi bien que moi d’appeler la gendarmerie au secours pour vous obliger à délivrer ces blancs, un homme, une femme et deux enfants, que vous tenez prisonniers depuis ce matin dans cette maison. Beau courage, en vérité ! Vous êtes des milliers contre eux ! Je n’appellerai pas la gendarmerie, car ce qu’on veut, c’est faire couler le sang. Et je vous le dis aujourd’hui, solennellement, avec tout l’amour que je porte pour tous les êtres, à quelque race qu’ils appartiennent. Voyez ces mains, noires comme les vôtres ; elles n’ont jamais été éclaboussées, elles n’ont jamais été souillées par une goutte de sang. Je vous le dis à vous, ouvriers noirs qui m’écoutez, et par-dessus vos têtes je parle toute la Guadeloupe, si vous êtes assez peu maîtres de vous-mêmes pour faire couler le sang humain au lieu de dominer vos colères et de discuter comme des hommes libres, alors je quitterai ce pays en vous maudissant. Voulez-vous donc jeter l’opprobre sur notre race ? Souvenez-vous, avant de commettre les folies auxquelles de mauvais bergers vous poussent, que vous forgez vous-mêmes les chaînes qui vous entraveront demain, et vous appelez vous-mêmes la répression féroce qui vous écrasera. Quant à moi, plutôt que de faire le jeu des ennemis de la race noire, je préfère m’en retourner en Afrique, où des hommes m’attendent, et qui, eux, me comprennent (Décembre 1936.) Puis Gouverneur au Tchad, début janvier 1939, après l’appel du 18 juin 1940 du général de Gaulle, il prend le parti de la France libre contre le régime de Vichy. Il est le seul haut fonctionnaire à s’être immédiatement rallié à de Gaulle. Début 1944, à la Conférence de Brazzaville, un des actes fondateurs de la décolonisation, Félix Éboué défendra sa vision d’une « nouvelle politique indigène ». Félix Éboué meurt le 17 mai 1944 lors d’un séjour au Caire. C’est donc cinq années plus tard qu’il est transféré au Panthéon.

Pour conclure à mon appel au calme, je voudrais signifier aux fauteurs de troubles que la dignité réside dans la valeur des arguments défendus et que la violence n’engendre par voie de conséquences que le retour d’autres violences accrues sans apporter des solutions adéquates.

A méditer! N’est-ce pas.

Christian Martin le 07 12 2021