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« Pour une sortie de crise » ( partie 2)

07-04-2021

« Pour une sortie de crise » ( partie 2)

par Me Serge H. Moïse av.

Pourtant, fort de ce constat d’échec, il n’est pas question de baisser les bras. Cette descente aux enfers était probablement nécessaire, c’était peut-être le prix à payer pour notre rédemption. Il nous fallait atteindre le fond de l’abîme pour nous réveiller et regarder enfin vers la lumière.

Les forces prédatrices, tant nationales qu’internationales ont réussi en partie, le pari de détruire l’âme haïtienne. Elles ont annihilé chez nos sœurs et frères, cette capacité de s’indigner et de dire non à l’inacceptable. Nombreux sont ceux qui ont fini par accepter, comme un pis aller, l’idée de se prostituer, d’une manière ou d’une autre, pour pouvoir simplement survivre, atteignant ainsi le stade de la déshumanisation.

La métastase n’a pas encore atteint tous les organes vitaux. Il est encore possible d’assister à un sursaut de dignité humaine, un regain de ce sentiment d’appartenance à la patrie commune ou simplement le réveil de l’instinct de conservation propre à tout animal.

Prenant conscience de la catastrophe imminente et irréversible vers laquelle s’oriente la nation tout entière, il n’est pas impossible de voir nos actuels dirigeants animés qu’ils sont de ce patriotisme digne des grandes femmes et des grands hommes d’État, se résoudre à prendre les dispositions qui s’imposent au nom des intérêts supérieurs de la famille haïtienne.

En effet, le président de la république pourrait, de concert avec son premier ministre et dans un élan de profonde sagesse, reconnaître l’immensité et la complexité de leur mission historique, faire appel aux autres secteurs concernés afin d’éviter la faillite nationale.

Ils inviteront les représentants des divers secteurs d’affaires et socioprofessionnels, ceux de la société civile en général de sorte que dans une « kombite nationale » se dégage un gouvernement de consensus national afin que tous ensemble, ramant dans la même direction, nous puissions ramener la barque à bon port et éviter de justesse le naufrage qui nous guette depuis belle lurette.

Il n’y aura pas de « makoutes ni de chymè encore moins de machins roses et blancs »

Aux problèmes exceptionnels, des solutions exceptionnelles nous enseignent les sciences juridiques. Sortons de ce semblant de légalité de façon à pouvoir construire un véritable État de droit

Ils n’oublieront pas de faire un véritable clin d’œil aux éléments d’élite de la diaspora, pour leur participation effective à la refondation du pays.

Enterrons les haches de guerre, les intérêts personnels et mesquins et tous autres facteurs de désunion mis de côté, faisons le diagnostic de la conjoncture. Le statu quo ne peut plus durer, évitons de justesse ce gouffre qui nous contemple prêt à nous laisser nous y anéantir.

Il va de soi que ce faisant, la constitution est automatiquement mise en veilleuse en attendant son renouvellement.

Et comme l’exemple doit venir d’en haut, il appartient au pouvoir exécutif de donner le coup d’envoi. Les honorables membres du parlement, toujours soucieux du bien commun, accepteront que le sénat soit réduit à un représentant par département. Quant aux honorables députés, ils comprendront que le tiers de leur effectif pourrait suffire à la tâche. À ces messieurs et dames, s’adjoindraient des notables dont le dévouement et l’attachement au pays ne souffrent d’aucun doute, qui compléteraient le conseil des sages afin d’entériner les décisions de l’exécutif.

Ce consensus une fois dégagé entre Haïtiens, il en sera fait rapport à la communauté internationale qui voudra bien accompagner le processus en question.

Un tel gouvernement aurait pour mission sacrée de faire la transition qui aurait dû être réalisée entre (2004 et 2006) et qui ne s’est pas révélée un succès.

Ce gouvernement de consensus national aurait un mandat de deux ans pour assainir l’ensemble des institutions du pays en commençant par permettre au pouvoir judiciaire de se montrer à la hauteur de sa mission, en créant la (CNRJ), Commission Nationale de la Réforme Judiciaire. Assainir l’administration publique de manière scientifique, sans précipitation ni chasse aux sorcières. Renforcer et professionnaliser la PNH afin qu’elle puisse protéger et servir. Créer les conditions pour éradiquer le chômage à travers le (FHS) Fonds Haïtien de Solidarité. Mettre le CEP en mesure de bien structurer ses services en vue de l’organisation d’élections libres, honnêtes et crédibles, sur tout le territoire. Le tout, avec la collaboration franche, pleine et entière de la communauté internationale, et qu’enfin, nous puissions, main dans la main, parachever l’œuvre combien grandiose de nos ancêtres, dans la perspective d’une Haïti fière, souveraine et prospère.