Montréal

Nouvelles

14-02-2021

L’HÉSITATION QUÉBÉCOISE

par Michel Frankland

Nous n’avons cessé, au cours de notre histoire collective, d’hésiter sur nos décisions collectives. Lévesque s’enflamme pour l’indépendance, mais associée ai Canada. Léger, notre sondeur national, remarque que nous nous leurrons sur quelques attributs importants. Nous nous percevons comme généreux, mais nous sommes parmi les moins généreux en Amérique du Nord. Nous croyons tenir à la langue française, mais dès le moindre embarras d’un interlocuteur dans la langue de Molière, nous passons prestement à l’anglais. Nous croyons tellement écologiques… mais notre agir pratique en ce domaine nous place sous la moyenne des citoyens des pays industriels.

 

Je viens de constater sur le Web une étude statistique dans le même sens. Nous nous croyons particulièrement aptes à communiquer avec notre entourage, mais c’est le Québec qui se classe bon dernier des provinces dans la connaissance du nom du voisin immédiat.



Dans le même esprit, hésitant à brusquer les votants, l’administration préfère ne pas utiliser les détecteurs rapides de Covid. Ils produisent quelquefois des résultats faussement négatifs. Richard Martineau, l’excellent communicateur, a pourfendu cette aberration : vaut mieux des instruments efficaces à 80% que zéro % de détection ! Je soupçonne que cet article a fait suffisamment de vagues dans le public pour amener le gouvernement à opter enfin pour le test rapide.

 

Bref, nous compensons notre défaut grave qu’est l’hésitation par de doux mensonges qui rehaussent notre estime de nous-mêmes.

 

Une autre compensation, davantage inconsciente à nos yeux, consiste dans le caractère abyssal de notre administration. Quel solide mécanisme de défense ! « Si nous totalisons environ la moitié des décès covid du Canada, ce n’est pas notre faute – c’est notre administration compliquée. » Pourquoi ne pas la changer ? Réponse toujours névrotique : « En pandémie, nous sommes trop pris par des problèmes immédiats pour nous consacrer à une tâche aussi lourde. »

 

Une solution efficace sur la tourbière administrative. Identifier une entreprise responsable qui analyserait l’administration gouvernementale, en tenant compte, d’une part, des objectifs généraux et opérationnels de chaque ministère, et d’autre part de la valeur intrinsèque de cette machine à opérer efficacement.

 

Y a-t-il un Québécois sain d’esprit qui croit que cette transformation, pourtant urgente, aura lieu dans les dix prochaines années ! La déficience administrative est un mécanisme de défense blindé qu’il faut maintenir. Car même là, en supposant une solution applaudie par tous, le gouvernement, se mettant aussitôt à la tâche, réaliserait certaines des réformes… et finirait par tabletter le reste. Vérifiez la liste d’excellents rapports tablettés – ils ont exigé des heures en assemblée générale et beaucoup d’analyses préalables.

 

Nous votons pour des gens qui nous ressemblent : Robert Bourassa, Justin Trudeau, François Legault. Des personnes gentilles, qui traitent notre attitude timorée avec « humanité », en insistant sur « la complexité de la gestion ». Et le Québec se sent à l’aise avec des gens «si attachants ».Ou alors, à l’autre bout du spectre, nous élisons des têtes d’engin – Trudeau père, Jean Chrétien. Des forces de la nature, sécurisantes.

 

En contrepartie, il faut absolument lire le brillant Christian Saint-Germain, surtout Naitre colonisé en Amérique. Pamphlétaire d’un talent dont je n’ai jamais rien lu d’approchant, son analyse de notre collectivité plus profondément colonisée qu’elle le croit, provoquera une réflexion fort salutaire.