Montréal

Nouvelles

LE VIRUS AMÉRICAIN

24-07-2017

LE VIRUS AMÉRICAIN

par Michel Frankland

Mon père, pour caricaturer les Américains, proposait cet aphorisme : « In God we trust, but all the others pay cash. »

L’aphorisme est amusant et juste, mais demeure trop global. Examinons ensemble les défauts graves qu’il laisse soupçonner.

L’argent, chez nos voisins du Sud, m’apparait, toutes nations comparées, une priorité clairement plus pesante qu’ailleurs. Un virus qui ronge l’âme américaine et ses démarches collectives.

 

 

Le milieu naturel où croît ce virus se trouve le cœur même de sa démocratie. En effet, le système électoral s’en trouve sérieusement compromis. On peut, en toute légitimité, fournir le montant que l’on veut à un parti ou un candidat. On peut, en somme, acheter les élections.

 

 

Par comparaison, voyons comment nous, au Québec, avons abordé la relation entre l’argent et le processus électoral. Dès 1970, le Parti Québécois affirmait dans son programme la nécessité de limiter le montant que chaque candidat et chaque parti pouvait légalement accepter. Les deux conditions que fit voter le PQ portaient sur le montant acceptable, mais aussi sur la restriction de l’origine des dons. La somme permise fut établie à 5000 $ annuellement par personne. La restriction, et cet aspect m’apparait le plus important, interdisait à toute personne morale (entreprise, syndicat, groupe) de fournir à la caisse électorale.

 

 

Le seul problème porta bientôt sur la limite monétaire permise. Pour avoir été proche de ces opérations, je puis vous affirmer que l’exemple suivant s’est produit, à certaines variantes près, assez souvent pour qu’on modifie le montant maximal de don.

 

 

Le monsieur se présente chez son député : « Voici 5000 $ pour votre campagne. Ma femme vous donne aussi 5000 $. De même que mes deux garçons. Mes trois filles vous fournissent également ce même montant, ainsi que leurs maris. Vous savez comment je suis dévoué à la croissance de notre patrie le Québec ! Eh bien, je veux continuer à le faire en pratiquant mon métier depuis plusieurs années, soit la construction de trottoirs […] »

 

 

Je rappelle en ce sens un des principes qu’avait élaboré il y a plusieurs années Le Club de Rome1, parmi ses propositions majeures, en adopta une qui m’apparait remarquablement sage : on a beau créé le meilleur système socio-politique, il y aura toujours, par malice ou incompétence, des façons nouvelles de le transgresser.

Si bien que, pour couper court aux amendements progressifs établis chez nous pour pallier cet excès, nous sommes parvenus à ceci : une personne ne peut que donner 100 $ par année à un parti. Et cette somme n’est même pas déductible d’impôt. Et les dons parallèles (fournir un local, payer des employés, etc.) sont strictement contrôlés.

 

 

J’ai établi ce long excursus comparatif par fierté québécoise. Daniel Johnson père disait : « Quand je nous regarde, je nous désole ; quand je nous compare, je nous console. »

L’autre objectif de cette comparaison québécoise avec le système électoral américain réside dans le rapport spectaculairement différent avec celui du Québec. On comprendra mieux, par cette antinomie, le vice troublant à la racine même de leur univers politique.

Nous verrons, dans les prochains articles, les conséquences terribles pour les États-Unis dans plusieurs domaines. Entre autres, dans la participation aux guerres, dans les conséquences politiques dégradantes, et dans la corruption des politiciens.

 

 

1 Je cite ici Wikepedia : Le Club de Rome, créé en 1968, est un groupe de réflexion réunissant des scientifiques, des économistes, des fonctionnaires nationaux et internationaux, ainsi que des industriels de 52 pays, préoccupés des problèmes complexes auxquels doivent faire face toute société[…]