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Français et anglais Deux méthodes de perception 3

03-11-2016

Français et anglais Deux méthodes de perception 3

 

par Michel Frankland

Nous venons de constater, dans le deuxième article de cette série, que la structure même des deux langues diffère. L’anglais, plus pratique, plus intuitif, se sert pour ainsi dire d’une langue trouée à travers laquelle il peut voir la réalité concrète. Dans un dialogue, l’anglophone parle à son interlocuteur à travers la langue. La langue est très exactement un instrument. Et c’est aussi, subtile forme d’insight, dans l’espace même entre le réel et cette langue « trouée », une manière de communiquer. Cela, à la limite, me semble bien l’apanage de toutes les langues, selon ce que j’ai pu lire sur le sujet. Mais ça m’apparait marqué en anglais.

 

Le français regarde la langue. Il est conséquemment impérieux que l’objet de contemplation soit parfait. La forme langagière se trouve constamment mise en valeur Ainsi, les émissions télé parisiennes nous présentent un monde éthéré, une fête de la manière. Deux quiz, Jeopardy et Questions pour un champion, illustrent on ne peut mieux la différence entre l’esprit de chacune de ces langues. L’émission américaine fonctionne rondement, avec sympathie bien sûr, mais axée sur la réalité. «John, you end up with zero. Peter, you remain our champion. » Le tout, prononcé avec humanité mais comme une question de fait, sans valeur négative ou positive. Le postulat, ici, remarquablement sain, consiste dans la référence au réel. Dans Questions pour un champion, les progrès, les victoires et les défaites d’un(e) concurrent(e) sont ponctués de remarques maniérées, trop abondantes et émotives, qui déplaisent à la sensibilité nord-américaine. Comme nous sommes, au Québec, des Nord Américains parlant français, nous sommes très majoritairement plus à l’aise dans Jeopardy. En se sens, nous sommes plus proches de Boston ou de New-York que de Paris.

 

De même, l’anglais est plus à l’aise dans l’estimation des situations économico-politiques. La perception de cette nouvelle terre qu’allait devenir le Canada l’illustre fort bien. L’attitude française s’est exprimée par la remarque voltairienne sur les quelques arpents de neige pour définir le Canada. Évidemment, lorsque nous ambitionnons de distinguer entre deux mentalités inhérentes à la langue, il n’est question, généralement, que de degrés. La France a produit son lot de penseurs réalistes. Tout ce que nous affirmons ici, c’est une prépondérance significative.

 

La langue américaine, ou l’anglais telle qu’expression d’une vision du monde, diffère de l’anglais de la Grande-Bretagne. Un cousin anglais l’a exprimé avec humour : « Two nations separated by a common language ». Nous y reviendrons.

 

Dans un quatrième article, nous verrons la relation gauche-droite reliée à chacune de ces deux langues. Je croyais pouvoir le faire aujourd’hui, mais l’article aurait été trop long.