Trois morts pour un lion

par Michel FranklandÂ
Récemment, un dentiste américain, en safari, tue un lion avec l’approbation de son guide. On le voit heureux près de la dépouille du fauve.
Aussitôt, les médias de tout poil se déchainent. «Il fallait dévouer ce maudit animal», aurait écrit Lafontaine. Des milliers de Hate Mails, cette détestable coutume américaine, ont inondé son Facebook. Il a fermé sa clinique dentaire pour une période indéfinie.
La mort la plus éclatante m’apparait le sens religieux. Je ne peux lire autrement ce déclenchement d’hostilités hystérique que comme une compensation au sens religion perdu par une multitude.
Il fallait donc s’accrocher à quelque chose de facile pourvu qu’on y attribue une valeur sacrée. Quoi de plus «normal» que le choix «naturel» ? Régression vers la facilité «virginale» de la bête. De surcroît, s’il s’agit de la bête la plus noble et la plus forte au fin fond de l’Afrique. Symbole de l’Afrique intérieure avec le lion compensatoire de sa propre petite superficialité.
Nous ne sommes plus au niveau de la pamoison artistique pour les beaux bébés phoques. Nous sommes dans l’Afrique des sentiments primitifs, succédané commode, avatar du sens religieux.
La violence de la conviction me semble une surenchère sécuritaire pour occulter le caractère immature de l’adulation animale.
Pendant ce temps des millions d’enfants sont forcés de travailler 12 heures par jour dans des mines infectes. Des jeunes filles sont kidnappées, dépouillées de leur passeport et enchainées à la prostitution. J’écourte la liste. Vous savez qu’elle pourrait s’étirer sur plusieurs pages. Voilà qui est infiniment plus tragique que la mort d’un lion… Car les protestataires sont passablement silencieux sur l’essentiel.
Je n’ai pas entendu les hystériques du lion protester un tant soit peu contre ces crimes contre l’humanité, infiniment plus grave que la mort d’un lion !…
Trois morts. Un lion, un dentiste cloué sur le pilori de la superficialité publique. Et le sens religieux de la vie. Le curé d’Ars disait : «S’ils perdent la foi, ils adoreront ils adoreront des bêtes.»
« moïku »
Hélas un pauvre lion est tué
 Et on l’aura fait un énorme tollé
Mais les nègres se font assassinés
Dans le silence de toute l’humanité
                                        SHM av.






