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Vo Van Ai témoignant devant le CESCR
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Bien que le Vietnam soit Partie au PIDESC depuis 1982 et qu’il doive, à cet égard, produire des rapports réguliers sur sa mise en œuvre, son rapport était attendu depuis 1993. « Le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels est un des piliers de la protection international des droits de l’Homme. Le retard extrême du Vietnam et l’inanité des réponses qu’il apporte montre à quel point les droits économiques, sociaux et culturels sont le cadet de ses soucis, ce qui est très étrange pour un pays qui se dit « socialiste » », a commenté Vo Van Ai. « En dehors du sort de toutes les populations vulnérables du Vietnam, il est très inquiétant de constater qu’elles n’ont aucun moyen efficace de recours contre les violations dont elles sont victimes et que les défenseurs des droits de l’Homme qui prennent leur défense sont systématiquement réprimé ».
Le rapport du Comité Vietnam pour la Défense des Droits de l’Homme et de la FIDH met en lumière le fossé grandissant entre riches et pauvres ainsi que les inégalités sociales. Depuis que le Vietnam s’est ouvert à l’économie de marché dans le cadre de la politique du « doi moi » (rénovation) à la fin des années 1980s, le pays a connu une croissance rapide et son économie s’est transformée. Cependant une libéralisation économique sous le contrôle politique du Parti unique a conduit au creusement des inégalités entre l’élite dirigeante et le reste de la population. Alors que le Vietnam se range parmi les premiers pour l’augmentation du nombre des super-riches (ayant plus 30 millions de dollars US), un Vietnamien sur cinq vit aujourd’hui sous le seuil de pauvreté et 8% vivent dans l’extrême pauvreté. Des millions d’autres se trouvent juste au dessus du seuil de pauvreté et restent très vulnérables au moindre à-coup.
Les citoyens vietnamiens qui dénoncent ces violations sont victimes de harcèlements, d’actes d’intimidation et d’emprisonnement. Le Comité Vietnam pour la Défense des Droits de l’Homme et la FIDH ont dénombré des dizaines de cas de blogueurs, de militants des droits des paysans et des travailleurs, de défenseurs des droits de l’Homme et de membres des minorités religieuses détenus pour avoir voulu protéger les droits économiques, sociaux et culturels. Lors d’un unique procès en janvier 2013, 22 militants écologistes non-violents ont été condamnés pour « subversion » à des peines allant de 10 ans d’emprisonnement à la détention perpétuelle. A Tuyen Quang, sept membres de la minorité ethnique H’mongs ont été emprisonnés en mars 2014 simplement pour avoir pratiqué leur religion. La plupart des ces personnes, militants ou autres, ont été poursuivies sous l’empire des articles fourre-tout du Code pénal, comme ceux concernant l’« abus des libertés démocratiques » ou la « propagande contre l’État », qui sont incompatibles avec le PIDESC.
Présentant le rapport conjoint CVDDH-FIDH, M. Vo Van Ai a dénoncé l’utilisation de la loi comme un outil pour étouffer les droits de l’Homme et maintenir le contrôle politique des dirigeants sur le pays. Les lois sur les syndicats, les publications, le cinéma ou l’héritage culturel, le décret 97 sur la recherche scientifique, le décret 72 sur l’internet, le décret 92 sur la religion ainsi que nombre d’autres réglementations restreignent en effet les pratiques culturelles, spirituelles et religieuses. « Le rapport périodique du Vietnam cite une foule de lois et règlements mais ne donne aucune information ni sur leur contenu ni sur leur application. Trente deux ans avec l’accession du Vietnam au PIDESC, ses citoyens sont toujours privés de leurs droits fondamentaux », a-t-il dit.
M. Vo Van Ai a également dénoncé la censure au Vietnam. Il a cité l’exemple de la traduction en vietnamien du livre de Thomas Bass, “The Spy who loved us” (sur Pham Xuan An, ancien correspondant du Time et espion du régime de Hanoi), tout récemment publiée, qui est censurée en 444 endroits, en dépit des engagements du Vietnam envers l’auteur. Par ailleurs, la censure sur internet a forcé nombre de sites et blogs vietnamiens à être hébergés en dehors du pays.
Il a également fait part de son inquiétude concernant l’enseignement de l’histoire au Vietnam. Le seul manuel d’histoire utilisé dans les écoles est publié par l’État. Or, non seulement il donne à de nombreuses reprises une version mensongère de l’histoire, mais en plus le discours adopté a plus à voir avec la propagande politique qu’avec le discours scientifique et incite les enfants à la haine. De nombreux universitaires vietnamiens dénoncent aussi cette « politisation » de l’histoire et souhaiteraient recourir à d’autres outils pédagogiques.
Le rapport de la FIDH et le Comité Vietnam pour la Défense des Droits de l’Homme se conclut par 37 recommandations pour améliorer la situation des droits de l’Homme au Vietnam qui touchent le commerce et les droits de l’Homme, les droits syndicaux, la santé et l’éducation, la non-discrimination, le droit à la terre, la liberté d’expression et les droits culturels, l’indépendance de la justice ; ainsi que des recommandations concernant la ratification des instruments internationaux de protection des droits de l’Homme.






