La commercialisation des sentiments
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        Par Michel Frankland
Et soudain, cela vous frappe. La ressemblance de ton entre la pub et plusieurs émissions sans rapports apparents avec les commerciaux révèle une grave maladie sociétale.
Les exemples affluent. Voilà deux experts en animaux de la jungle qui se promènent à travers
une contrée infestée de panthères et de serpents. Ils décrivent avec animation ce qu’ils voient, là , derrière le buisson ! Vous fermez les yeux. C’est le même ton enjoué, excité que celui de la pub. Vous voilà devant une représentation de la voute céleste. On nous décrit les astéroïdes qui vont nous tomber dessus un jour. Encore là , le même climat vocal, assez survolté merci. Ou encore, il s’agit de la série «de l’extrême». Les bûcherons de l’extrême se trouvent toujours dans des circonstances limites, dramatiques, à retenir le souffle. C’est la grue dont une bielle doit être réparée. Ou une pluie abondante qui tient tous les ouvriers sur les dents. Nous vivons avec eux l’intensité de la catastrophe. Le chauffeur n’aura pas tout à fait ce qu’il faut pour survivre cette semaine. En tout cas, les montants dus sur son camion ne pourront couverts… À moins que… Mais nous verrons le salut après la pub. Le test des yeux fermés vous remet devant le même malaise. De même encore pour la poursuite du yéti, qu’on affirme avoir vu. On filme pour le prouver… un homme déguisé en grand singe. Avec le suspense approprié. On a brandi un hochet aux spectateurs : voyez, les enfants, comme c’est excitant !
Nous ne visionnons pas ici les péripéties du prochain combat de Georges Saint-Pierre. Ni la prise difficile, voire haletante, d’un gros thon au large de la côte floridienne. Le climat intense est appelé ici par l’aspect sportif de l’événement.
La commercialisation des sentiments à la télé m’apparaît spécifiquement américaine. J’ai visionné des reportages français sur la brousse africaine. Le ton est calme, attentif. Nous sommes, avec l’animateur, en train d’en apprendre sur les relations complexes d’une famille de lions. L’attitude, ici, en est une de respect naturel du monde qui nous entoure. Même que le ton, quelquefois, rejoint un niveau d’authentique et sobre poésie.
Vous saisissez le lien avec toutes les catastrophes économiques qui ont lézardé en profondeur l’économie américaine. L’amour débridé de l’argent, et des manœuvres frauduleuses que l’on a vu déferlées devant nous sur nos écrans a miné la réputation de Wall Street et de plusieurs banques. L’argent est roi. Mon british de père, par mépris pour cette attitude du plus pervers mercantilisme, résumait ainsi la mentalité américaine : «In God we trust… but all the others pay cash !» Les techniques employées, tous les CNN de la planète l’ont bien montré, procèdent de la même famille publicitaire : on vend des maisons à ceux dont on sait qu’ils n’en peuvent faire que le premier paiement comme on vend du chocolat ou des meubles.
Avez-vous aussi relié cette gangrène sociale aux conquêtes américaines ? Le lien, moins apparent, n’en est pas moins solide. Il est évident pour n’importe quel chauffeur de taxi de la planète que les États-Unis n’ont jamais été attaqués par quelque pays arabe que ce soit. L’échafaudage bancal, voire grossier, du président W. Bush pour justifier la guerre en Irak passera à l’histoire comme un déshonneur national.
Mais ne nous méprenons pas. Cette guerre était parfaitement voulue par les esprits pervers qui l’ont ourdie. Car il s’agissait de fournir un débouché aux puissants conglomérats industriels si généreux pour remplir les coffres des partis politiques. Voyez-vous apparaître le visage hideux de la commercialisation des sentiments ? On joue alors la mélodie dramatique régulièrement efficace du sentiment nationaliste auprès de la jeunesse. Auront-ils le cœur d’aller défendre la démocratie ? Croient-ils suffisamment à la patrie pour la protéger des terroristes qui préparent leurs sombres complots dans d’autres régions de la planète ? Oui, évidemment. On a aussi suscité le goût de l’aventure, la masculinité si puissante auprès des femmes, la camaraderie authentifiée par l’entraide sous le feu ennemi. Le tout savamment exécuté par l’orchestre des spécialistes de la psyché collective. Il fallait livrer aux fabricants d’armes la chair à canon en quantité suffisante.
Bref, on abêtit le public pour mieux l’exploiter. Le démon de l’argent, Mammon, trône sur la mondialisation. Les sentiments, leviers les plus puissants pour mener à l’action visée, deviennent le champ de travail de la horde mercantile. Il faut donc, le profit en sera proportionnel, procéder le plus efficacement à la commercialisation des sentiments.
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