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Les sept degrés de l’écoute

03-09-2013

Les sept degrés de l’écoute

           Par Michel Frankland

Dans l’article précédent, «Le  complexe de la spontanéité», il nous est apparu clair que le snobisme BCBG estime la «tellement créatrice,  si naturelle» propension à l’interruption. Bref, on est tellement plein de «je ne sais quoi de si créateur au fond de soi» qu’on a perdu dans la brume de son lumineux narcissisme une qualité humaine fondamentale, celle sans laquelle il ne peut vraiment s’exercer de bonté : l’écoute.

On peut identifier sept degrés de l’écoute. Considérons-les.

1.     L’écoute agressive. Il y a quelques années, j’avais présenté dans ce journal les onze types de caractériels. Nous en retrouvons deux dans le cas de l’écoute agressive. Il s’agit du Char d’assaut et du Sniper. Le premier, comme l’indique le terme de ce grave défaut, porte avec conviction son gros égo. Caractère fort, batailleur redoutable, il triomphe par l’intimidation. Agresseur doué, il adore déstabiliser. Il veut de surcroît humilier. Il veut faire sentir à l’autre qu’il est en train de le mettre à terre : «Tu saisis bien que je te maîtrise comme je veux. Tu es en pleine conscience que je te manipule à mon gré. J’aime ta conscience de ton impuissance devant moi !» Le Sniper s’avère plus indirect. Il déstabilise, et rit sous cap, rendant l’autre conscient de son humiliation. Mais il s’agit d’un poison pour l’âme, alors que le char d’assaut vous plante une flèche au cœur de votre estime de soi.

Leur écoute ne constitue donc que l’occasion de rabaisser l’autre. Un exemple que j’ai vu dans un passé assez récent dans un club de bridge : «J’ai joué une main vraiment intéressante…» Interruption : «Veux-tu bien arrêter tes folies ! Tu parles  vraiment comme un débutant», avec sourires entendus à la ronde. Il sait bien que la main, par sa complexité, aurait intéressé les meilleurs joueurs du club. Il a cependant sauté sur l’occasion pour satisfaire la méchanceté enracinée en lui.

2.     L’écoute bidon. Je n’insiste pas. J’en ai donné quelques exemples dans le dernier article.  Écoute bidon, écoute factice, faite de formules empesées, passe-partout. Tous ces «Comment ça va ?» dont on n’attend pas de réponse. À ce point qu’il arrive que les gens passent leur chemin tout de suite après avoir posé leur question vide.

 

Une variante, pratiquée presque systématiquement par les agents d’assurance et autres vendeurs : «Ça va bien ?» Ils savent d’expérience, ou pour l’avoir appris d’un leurs instructeurs : les psys prônent de lancer l’esprit sur une note positive pour augmenter les statistiques de vente. Qui d’ailleurs répondrait que ça va mal ! Bref, une question pour ouvrir le porte-monnaie.

 

3.     L’écoute occupée. Vous vous présentez au travail. La secrétaire est à écrire quelque chose. Elle ne semble pas spécialement concentrée. Un texte qui ne fera pas époque. «Il est arrivé quelque chose de vraiment intéressant !». – «Je t’écoute», tout en continuant à écrire. Ici encore, comme dans l’écoute agressive, on veut mettre en boîte. Mais beaucoup plus gentiment. Ce type de personnes m’apparaît en quête d’estime de soi. Vous êtes devant quelqu’un qui vous estime. En tout cas, cette personne éprouve des sentiments généralement positifs à votre sujet. Il reste que son désir de domination et d’auto-valorisation est solidement inconscient. On est sur la piste de l’humiliation, mais à un degré plutôt modeste. Vous remarquerez qu’une personne qui agit ainsi vous taquinera à l’occasion. Même, éclatera de rire à votre sujet. «Mais c’est sympathique, mes taquineries ! Ça t’a heurté ? Je ne voulais pas vraiment !» Il suinte de cette apologie une touche de réprobation tacite : «Tu es bien susceptible ! Tu prends mouche d’une taquinerie sans malice.» Inconscience bon enfant, mais désagréable quand même. Quelqu’un à qui notre instinct dicte de ne rien confier, et de ne plus lui parler si elle est occupée à faire autre chose.  Et même si elle ne fait rien,…

 

4.      L’écoute aveugle.  Je pense à l’expression de Paul Claudel : «L’œil écoute». J’en emploie ici la tournure symétrique. L’oreille écoute, mais à  l’occasion, ne voit pas. Ce sont souvent des esprits rationnels chez lesquels l’empathie ne s’allume pas naturellement. Nous sommes deux des trois profs présents dans notre bureau. Une étudiante se présente. Sa déconfiture intérieure, qu’elle essaie de camoufler, me frappe comme un train. Elle pose à son prof une question sur le contenu. La prof commence à répondre, mais est interrompue parce  qu’on la requiert ailleurs. Elle rassure l’étudiante : elle reviendra dès qu’elle sera libre. Je fais signe à l’étudiante de s’approcher. «Qu’est-ce qui te fait mal !» Sanglots immédiats. Elle m’explique en quelques minutes, à travers ses larmes, ce qui ne va pas. Elle conclut avec un air de sympathie vers moi : «Mon Dieu que ça fait du bien de parler avec vous! » À part ma brève question initiale, je n’ai pas dit un mot ! Écouter, c’est recevoir l’autre. Un authentique dialogue.

 

 

Nous verrons, dans «Écoute-2», trois autres formes d’écoute. Nous nous dirigeons vers une écoute de plus en plus qualitative.

 

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